LA LANGUE D’OC : quès aco ?

Bernard de Ventadour. Miniature extraite d’un chansonnier provençal du XIIIe siècle. Ph. Coll. Archives Larbor

Article écrit par J-J Navarro


Après la conquête de la gaule par les romains , la pratique de leur langue, le latin , se répandit dans toute la Gaule et, évinça rapidement toutes les anciennes langues . Plusieurs causes semblent avoir contribué à ce triomphe de la langue latine. La première est certainement le prestige de cette civilisation . D’autre part , le latin était assez proche parent des langues celtiques et son étude n’offrit pas de grandes difficultés à nos gaulois . De plus la conquête fut suivie d’une forte colonisation , jusqu’au Vème siècle Calagorris a dû voir arriver des soldats , des fonctionnaires venus d’Italie et se mélanger à la population indigène, multipliant ainsi l’irradiation du latin.

Mais une langue ne reste jamais figée , elle évolue et se modifie sans arrêt .(voir l’étude linguistique de Julien Saccaze sur nos villages ). Ces modifications sont lentes , invisibles sur une génération , mais , avec le temps , les altérations sont considérables. Les détails de syntaxe , de vocabulaire , et la prononciation ont transformé ce latin . Les siècles suivants ont vu une des grandes lois de la linguistique se vérifier . Lorsqu’une langue est parlée sur un grand territoire , elle se modifie de façons diverses et se transforme suivant le pays où elle est parlée . Elle a donné naissance à des patois , des dialectes différents . Italie , France , Espagne , Portugal … chacune de ces variétés est un produit issu directement du latin .

En Gaule , c’est vers le VIIIème siècle que la « langue vulgaire » est devenue suffisamment différente du latin classique que l’on pût la considérer comme un idiome distinct , que l’on a appelé « langue romane » . Les différences dialectales entre le nord et le midi s’accroissaient peu à peu , et dès le XIème siècle il y avait deux groupes de langages en France : au nord « la langue d’oïl » dans le midi « la langue d’oc .

Dès le XIème siècle , on rencontre des textes en langue d’oc ; mais à partir du XIIème siècle ces textes se multiplient , c’est la « floraison » de la poésie des troubadours. Jusqu’au XVème , les rois de France n’ont rien fait pour gêner la l’usage de la langue d’oc . Les causes qui la firent passer au rang de patois sont venues du midi même , les classes cultivées ont abandonné leur langue pour l’usage littéraire, au profit du Français . En 1539 l’édit de Villers-Cotterets par lequel François Ier prescrivait l’usage du français dans les textes officiels a été cause ou conséquence .

Arnaut Daniel. Miniature extraite d’un chansonnier provençal du XIIIe siècle.
Ph. Coll. Archives Larbor

Du XVIème au XIXème, la langue d’oc a été réduite au rôle de patois , c’est à dire elle n’avait plus d’usage littéraire ni administratif . Il n’y a eu que quelques bons esprits qui ont écrit dans leur dialecte propre , avec pour exemple Goudouli : Pèire Godolin est né à Toulouse en 1580 et où il est mort en 1649 , il était un des premiers poètes occitan , et écrivait en occitan toulousain. Son oeuvre maîtresse est « Le Ramelet Moundi  » ,traduisible par  » Le bouquet Toulousain  » bouquet est à prendre dans le sens de branche , rameau ,et moundi = raymond allusion aux comtes de Toulouse. Son affirmation demeurée célèbre « …Noirigat de Tolosa, me plai de mantener son langatge bel… » : « …Nourri de Toulouse il me plait de maintenir sa grande langue… »

Portrait de Pèire Godolin, Wikipédia.

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